La journée avait été harassante. Les minutes s’agrippaient aux heures dissonantes. Dehors un soleil inattendu narguait mon courage et soulignait ton visage qui hante parfois mes absences. Il me fallait sortir il me fallait sortir, il me fallait jaillir !

Le jardin convalescent m’ouvrait ses bras innocents et me chuchotait : « Alors, tu descends ? ». Chaque pas dans l’escalier résonnait de ta voix que je ne connais pas.

A peine sorti, j’embrassais d’un regard vif le ciel qui déjà s’assombrissait. Je tournais la tête et j’aperçus la trace d’un avion qui dessinait un large sillon orangé sur ce chevalet saphir. Le regard suspendu, ce fut un escadron d’oies sauvages qui enleva mon regard. Telles des onyx qui volaient en chevron, elles se détachaient des éthers. Deux autres escouades suivaient cette première séparées entre elles par ce qu’il fallait de silence. Vers quel graal volaient-elles ? Nulle hésitation dans ce vol qui présumait la vocation. N’est-ce pas troublant ? Nous qui passons le plus clair de notre temps à tituber comme des pantins aux maladresses de marionnettistes ivres. Voilà qu’elles…elles  savent !

Que la nature est belle ! C’est elle la grande artiste ! L’homme n’est rien à côté de ses joyaux. Hormis peut-être quelques artistes qui ont vécu la déférence de s’en inspirer. Nous ne passons pas assez de temps avec elle. La nature est belle. Il n’y a rien à vivre de plus essentiel !

Je le savais, tu sais, ma tendre Parthénia, lorsque je vous pris la main et vous dis : « Partons ! » Où ? « Rejoindre Faunus…embrasser Gaïa ! ».

Vois-tu lecteur paisible, tu n’imagines plus comme la terre est belle. Il n’y a rien d’autre à admirer. Aucune autre volupté à convoiter.

Imagine-toi ...Pourtant marchant lentement sur une route sans fin, au milieu des déserts de Basse-Californie nimbé d’un soleil immense, d’un ciel qui aurait réinventé son bleu aux toiles de Dufy, escorté de cactus géants, de chevaux sauvages et de taureaux ébahis.

Imagine…le silence…imagine…l’immensité de l’espace…et du silence….

Pris de vertige devant une telle œuvre, tu voudrais saisir une main, sentir un cœur qui palpite comme le tiens mais rien qui ne puisse égaler cette beauté.

Rien ! Si ce n’est l’envie de pleurer.

Vois-tu, leceur,  je me suis miré dans ces beautés époustouflantes et  face à cette immensité s’offre à toi le choix des larmes ou de te pendre. Seule, la foudre pourrait t’inviter à  figer le temps, à vouloir l’éternité.

Ô lecteur, toi que je crois proche de moi, comment réagirais-tu si l’amour t’invitait au voyage ? Serais-tu sage ? Serais-tu beau ? Serais-tu courageux ? Quitterais-tu tes ouvrages ? Laisserais-tu tes aïeux ? Réussirais-tu à aimer pour sentir battre ton cœur au son d’une symphonie naturelle ?

Dis-moi ? Que ferais-tu ?

Oui vraiment j’avais raison. Nous passons à côté d’elle avec toutes nos rengaines. Nous ne vivons pas assez dans la nature. Mais rassure-toi ! Car l’écrin de beauté que tu chercheras en vain, ll est là devant tes yeux obscurcis par tes projets !

Commentaires

Ajouter un commentaire