Je vis parmi les ombres et des inconnus habitent chez moi.

Des océans inondés dévalent les murs comme des cataractes sonores qui envahissent mon antre, de la cave au grenier.

Le jour, des murmures oppressants susurrent des litanies étranges, des frasques maudites que je ne déchiffre pas.

Ces ombres glissent vaporeusement le long des poutres et se parent de couleurs chamarrées. Elles prennent des accents ostentatoires et parlent toutes les langues. Elles arpentent une chambre sinistre couleur de bagne sur des rythmes démoniques.

Elles savent frayer en l’épicentre horrible qui abrite une mort unique.

Au loin, en quelques lieux de cette jungle, gémit un perroquet valétudinaire qui se balance frénétiquement sur son rocking chair telle la trotteuse spasmodique d’une horloge détraquée.

Il est amarré au temps et ses glapissements délabrés nourrissent des yeux inadmissibles qui du haut de sa décadence,  s’élancent jusqu’aux cieux tel une tour de Babel en transe.

Ici stagne inéluctablement l’odeur écœurante de l’oppression.

Nul ne la voit, nul ne l’a jamais vu !

L’oiseau vit dans les Enfers emberlificoté de synapses qui l’étranglent. 

Quelques dieux expiatoires l’ont vraisemblablement condamné à vivre pour l’éternité et dans un ultime souci de rédemption, ils lui ont ôté la mémoire, qu’ils se sont empressés de déposer intacte sur les rives désolées du Léthé.

Sa voix stridente raisonne sans cesse au fond de cette vallée perdue et son râle délirant s’apparente à un spasme sibilant.

Les ombres surveillent son appauvrissement, sa disparition progressive. Phorontes qui s’accrochent à une vie aspirée. Elles s’évanouissent et s’endorment sur des linceuls d’immobilité. C’est toute une vie sacrifiée qui titille la mort avec cupidité.

Mauvaise et intolérable surveillance !

Oui, lecteur enhardi, il y a dans mon caveau des ombres qui s’évaporent !

Bien vivantes pourtant et tenaces encore, elles se délitent comme des sucres blafards noyés en des cafés calcinés. Elles revivent ainsi le destin des antiques Pythies condamnées à pourrir au fond d’un gouffre immonde et se doivent, pour seule pénitence, de débiter les salmigondis obscurs qu’un Auguste finissant érige sous le poids de ses encycliques.

Elles furent jadis enlevées à des familles nécessiteuses qui, complices, sacrifiaient souvent un nouveau-né dans le dessein inique de quérir une rente modique, unique commisération de l’Empereur.

Les heures s’éternisent ainsi à donner la becquetée à ce perroquet ventriloque qui n’est pas dupe et qui les insulte à profusion. De son bec catatonique s’éructe des insanités volcaniques dont les coulées sulfuriques traduisent des vérités obscènes.

Mais il n’y a pas de met assez putride pour ces Sabines mérétrices pour qui toute vomissure est une ambroisie exquise. Tandis qu’elles se délectent de ces miasmes livides, je flotte dans les hauteurs tel un spectre atmosphérique trainant ses logorrhées mutiques comme les étoiles la voie lactée.

Ah que mes océans opalins embrassent la fleur hyaline qui ondule langoureusement au gré des vents sulfureux ! Ses mélopées suaves ont sur moi l’effet des azurs benthiques et ses baisers appuyés sont des maelstroms incendiés purifiant mon cœur.

Ils annoncent la nuit qui descend sur un destin violé.

Ah douce nuit que berce ma lune complice, toi l’Atlantide saturnien, qui souligne mon teint acédique et mes promenades suspendues !  Nos parcours vaporeux embrassent nos silences et nos yeux brûlants tapissent chaque mur comme des soupirs cristallisés.

Le silence se fît enfin dans la masure endormie et je pris alors mon envol dans un criaillement lugubre qui dissimulait mal une joie atroce dont la funeste origine m’est  demeurée un mystère à ce jour.

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