Il me vient des bruits de la rue.

Des tohu-bohus poissards, des charivaris qui roulent et titubent comme des fanfares désaccordées qui entameraient des roucoulades pochardes.

Des clameurs intrusives violent mon âtre, s’installent sous mes fenêtres, transpercent mes lourdes portes et assiègent violemment mon cœur.

Des cris inaudibles ondulent tels les feuilles d’automne qui chercheraient inexorablement à troubler l’aponie onirique, antre de mes grands yeux éberlués qui absorbent le silence en toute perplexité. Elles aimeraient trouver un interstice joyeux où s’abriter mais leurs ricochets hoquetants peignent en mon miroir des sourires évaporés.

Dans ma nuit pourtant, j’ai vu des chênes hagards lever leurs bras émaciés vers des cieux volcaniques. O revenants des forêts, O esprits séculaires, agitez donc au vent vos baguettes frénétiques et ordonnez aux merles noirs des symphonies spectrales !

Au loin, des freluquets peinturlurés de couleurs criardes s’agitaient comme des épouvantails émasculés. Ils vociféraient leurs éructations ineptes à des passants médusés, soucieux de rattraper un temps qui se délite prestement.

Le chaos était partout !

Le silence tétanisé s’était alangui au souvenir de ses amours passés. Il n’en restait plus que des miettes balayées aux soleils des étés incendiés.

Que la joie soit votre linceul éternel et vos rires, le trousseau de vos flammes !

Moi, je m’en allais le regard mélodique et j’errais sur les trottoirs ruinés comme un spectre aphasique gobant toute cette gabegie vomitive. Des lueurs irisées envahissaient mes prunelles telles des lucioles décapitées qui balbutiaient des parades  syncopées.

En cette heure idéale où la vérité transperce, me revenaient des visions d’un autre temps. Je revoyais le Général des Hommes, ce cher Auguste Sandino, et ses hommages bigarrés de León tapotaient leurs doigts sur ma cervelle cocytique.

Tandis que je descendais les avenues,  il me montait aux yeux des fleuves impassibles.

Vous ne le croiriez sans doute pas, bien entendu, mais cette sérénade sentait bon le souffre du Momotombo et j’apercevais au loin les murs décatis de toute la cité coloniale qui se fissuraient au sang de son orgueilleuse cathédrale.

Oui, je revoyais distinctement son immense chapeau, ses guêpières farouches et ses révolvers triomphants.

Où sont donc passées ces épopées grandiloquentes ?

Etouffées par des pioupious couards qui se sustentent d’oboles étatiques et qui insultent les utopies !

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