Finalement, est-ce vraiment un si grand mal

D’être pour un moment l’un à l’autre sevrés ?

Vous qui m’apparaissez à jamais cette étoile

Brillante au firmament de mon cœur affolé

 

Quel est l’instigateur de ce cruel destin

De vous deviner si belle et mystérieuse

Vous ! Qu’un seul aphorisme a mis sur mon chemin

Egaré aux confins de votre nébuleuse ?

 

Funeste hérésie ! Paradoxe mortel !

De devoir associer ainsi crime et amour

Ne pourrais-je jamais vous convier à l’autel ?

Poser les mains autour de votre taille un jour ?

 

Vous parler au travers de ce monde insipide

Sans sentir votre peau, sans dévorer vos yeux

A force d’en pâlir, j’en deviendrais livide

A force d’en souffrir, j’en deviendrais odieux

 

Vos lettres vos paroles à l’instar des marées

Erodent le passé de mon cœur palimpseste

Balaient tel le vent l’autre prosopopée

Purifient mon âme de vos soupirs célestes

 

Mon ange, pensez-vous désirer un beau jour

Comme la rosée qui embrasse la fleur

Qu’un baiser caresse vos lèvres au détour

Des vents échevelés ébouriffant mon cœur ?

 

Syrinx nivéal dont l’indécente jeunesse

Fige la létale clepsydre du temps

Succomberiez-vous à l’impudente ivresse

De prendre votre pirate pour amant ?

 

L’avez-vous observé ? Lui avez-vous parlé ?

A ce cher matelot des esquifs de la nuit

Qui depuis si longtemps se languit enivré

De vos regards de vos soupirs de vos rubis ?

 

Il se pencherait aux cratères de vos yeux

S’asphyxierait du souffre de votre bouche

Dusse-t-il implorer secours en des lieux pieux

Ou tristement pourrir las dans des endroits louches

 

Pourriez-vous vaincre ce contraste effrayant

D’un ange isolé aux regards sataniques

Qui le jour poserait des gestes émouvants

Et irait la nuit aux dérives éthyliques

 

Est-il concevable qu’une tendre luciole

Aimable et nouvelle à la vie en ce bas monde

Réussisse à être suffisamment frivole

Au point de purifier ce géant de l’immonde ?

 

Car vous lui apportez l’ivresse de la mer

Lascive Calypso, aux soupirs sensuels

Repêcher ce héros d’une géhenne amère

L’inviter aux confins de vos désirs vermeils.

 

Que votre île soit un havre de silence !

Une sylve secrète dans l’antre de vos bras

Qu’il ne se nourrisse plus que de votre essence

Pour ôter de sa vie enfin tout ce fracas

 

Nul pour ne connaître d’avance les musiques

Des baisers enflammés, ces puissants élixirs

Dont les effets magiques inventent des mystiques

A l’unique dessein de brûler de désir

 

Mon Dieu, ma sirène, ne faites pas l’erreur

Du troupeau égaré qui depuis toujours erre

De renier l’amour pour un étroit bonheur

D’ainsi vous prosterner dans un stérile désert

 

Quel serait donc pour nous cet étrange avenir

De succomber au théor-aime de Pythagore

Lentement se parer, se vêtir pour mourir ?

Vous ! Que j’eusse fleurie de « je vous adore » !

 

N’attendez pas, Ophélie, le cimetière

Pour laver ma tombe de vos cris de vos pleurs

Et commencer ainsi l’épopée à l’envers

Incendiez-moi, de grâce, avant que je ne meure !

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